La montagne est souvent associée à un espace ouvert à tous. Pourtant, certains randonneurs y voient leur présence contestée par des messages hostiles, des regards insistants ou des remarques qui les obligent à justifier leur place. Les témoignages d’Omar, de Kovana, d’Imen et de Foued, recueillis dans une enquête consacrée au racisme vécu en montagne, décrivent ces situations en ligne et sur les sentiers.
En bref
- Kovana rapporte lui aussi avoir reçu en ligne des injonctions à rester chez lui.
- Imen décrit une vigilance qui commence avant même d’atteindre un sentier.
- Foued raconte de son côté avoir subi, avec ses amis, des railleries sur leurs tenues lors de sorties en montagne et de raids VTT.
Ces récits ne décrivent pas une expérience identique pour toutes les personnes racisées. Ils montrent cependant que la randonnée, le bivouac, le raid VTT ou le ski d’alpinisme peuvent s’accompagner d’une attention particulière portée à leur apparence, à leur comportement ou à leur légitimité.
Des messages qui veulent tenir certains randonneurs à distance
Omar avait publié une vidéo dans laquelle il invitait les personnes qui le regardaient à quitter leur quartier et à faire de la randonnée. Il expliquait que cette pratique lui avait ouvert les yeux, en se filmant le long d’une rivière surplombée par les montagnes. Après la publication, il a reçu des messages racistes résumés par une même idée : certaines personnes ne devraient pas commencer à venir dans « nos montagnes ».
Kovana rapporte lui aussi avoir reçu en ligne des injonctions à rester chez lui. Des messages affirmaient que les personnes de son groupe ne seraient pas les bienvenues dans la nature. Ces réactions font écho à une vidéo raciste présentant la randonnée comme une pratique qui ne serait pas destinée aux personnes racisées, à laquelle des personnes concernées ont répondu.
La violence rapportée ne reste pas cantonnée aux échanges numériques. Lorsqu’il campe, Kovana dit que d’autres randonneurs lui demandent souvent s’il a de quoi mettre ses déchets. Cette question lui donne le sentiment que son respect du lieu est considéré comme douteux avant même qu’un problème soit constaté.
Des regards et des remarques pendant les sorties
Imen décrit une vigilance qui commence avant même d’atteindre un sentier. Elle sait qu’elle sera parfois regardée de façon insistante. Sortir pratiquer une activité de plein air lui demande alors une préparation mentale, au point de pouvoir la dissuader de faire certaines choses.
Foued raconte de son côté avoir subi, avec ses amis, des railleries sur leurs tenues lors de sorties en montagne et de raids VTT. Il dit aussi avoir perçu de la surprise chez certaines personnes lorsqu’elles les voyaient participer à ces activités ou au ski d’alpinisme. Cette surprise pouvait s’accompagner de petites moqueries.

Son parcours montre pourtant que la proximité géographique ne suffit pas toujours à créer une familiarité avec la montagne. Il a grandi à Voreppe, près de Grenoble, à proximité du Vercors et de la Chartreuse, mais a longtemps ignoré les massifs proches de son quartier. Une expérience du ski, de la randonnée et du bivouac dans le Vercors lui a ensuite fait découvrir ces pratiques. Des années plus tard, il s’est remis à la montagne jusqu’à participer à l’Ultra-Trail du Mont-Blanc et au GR20.
Les témoignages réunis dans l’enquête décrivent ainsi des obstacles de nature différente. Les messages en ligne cherchent à exclure. Les regards et les remarques rendent la présence visible, parfois de manière pesante. Une question sur les déchets peut enfin transformer un geste ordinaire en soupçon. Ces situations sont rapportées par les personnes qui les ont vécues et ne permettent pas de mesurer la fréquence de ces comportements dans l’ensemble des espaces montagnards.
Une légitimité encore contestée sur les sentiers
Les expériences d’Omar, de Kovana, d’Imen et de Foued ne se ressemblent pas entièrement. Elles se rejoignent toutefois sur un point : la nécessité de composer avec le regard d’autrui pendant une activité qui devrait rester un choix personnel. La tenue, la couleur de peau supposée ou l’origine attribuée peuvent devenir des éléments commentés alors qu’ils ne déterminent ni l’envie de randonner ni la capacité à respecter les lieux.
Cette contestation de la présence ne concerne pas uniquement des sorties individuelles. Les remarques rapportées par Foued ont aussi visé des groupes engagés dans des raids VTT ou des activités de montagne. De son côté, Kovana partage ses sorties et des conseils pratiques sur le matériel, le comportement et le respect des lacs et des animaux afin d’encourager d’autres personnes venues de quartiers populaires à essayer la randonnée.
Le sujet concerne donc directement l’accès aux Sports et Activités de montagne, mais les récits ne présentent pas une solution unique. Ils rendent surtout visible une réalité vécue par plusieurs pratiquants : la sortie commence parfois avant le départ, avec la décision de s’exposer aux regards, aux questions et aux réactions qui peuvent accompagner leur présence.
Une présence revendiquée jusqu’aux sommets
En 2008, Nadir Dendoune a atteint le sommet de l’Everest en brandissant un drapeau « 93 ». Il a présenté ce geste comme une manière d’affirmer que les personnes concernées avaient leur place partout. Depuis 2019, il emmène chaque été des jeunes suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse dans les Alpes et participe également à des actions d’insertion professionnelle par les sports de nature.
Pour les randonneurs qui témoignent, la montagne n’est donc pas un territoire réservé à ceux qui en maîtrisent déjà les codes ou qui correspondent à une image attendue du pratiquant. Leurs expériences affirment une présence concrète sur les sentiers, dans les refuges, lors des bivouacs et au cours des activités sportives, malgré les messages et les comportements qui cherchent à la remettre en cause.
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